Avignon / Lussas

Cet appel, ainsi que la déclaration d’Avignon, est à lire dans son intégralité, à diffuser et à signer dans les lieux d’accueil des États Généraux, pour soutenir toute action en faveur du respect de l’intégralité territoriale de la Bosnie et de la dignité humaine de ses citoyens.

Nous appelons tous nos confrères faiseurs et diffuseurs d’images (cinéastes, reporters, journalistes, opérateurs, photographes, programmateurs et responsables de télévision…),  à s’engager avec nous :

  •  à exprimer à travers notre travail, notre solidarité avec les gens de l’ex-Yougoslavie, pour le multi-culturalisme et pour la démocratie
  •  à dénoncer les criminels serbes, la politique et la mise en action de la purification ethnique, et entraver toutes actions de confusion entre bourreaux et victimes.
  •  à cesser de contribuer à la « politique de la pitié » qui se substitue, moyennant des images centrées sur la victime, à une « politique de responsabilité ».

Solidarité

Le mois dernier à Avignon, alors que les enclaves bosniaques sous protection de l’ONU subissent les assauts serbes, provoquant l’exode de milliers de personnes, les gens du spectacle prennent position dans la DÉCLARATION D’AVIGNON. Signataire de la déclaration, Marcel Ophuls nous a transmis un fax que nous reproduisons ici en partie :

La Cartoucherie, 20 août 1995
Aux participants du Festival du Cinéma du Réel à Lussas.
Chers amis,
Le cinéma du réel, ah-là-là, parlons-en.

Depuis seize jours, Ariane MNOUCHKINE et ses camarades ont entamé une grève de la faim en faveur de la multi-ethnicité et la tolérance en Bosnie, la paix, la dignité, la lutte contre notre déshonneur à tous, en faveur de la libération de Sarajevo. Puisque vous êtes assez gentils de venir assister à la rétrospective de mes très longs films, dans cette chaleur écrasante, en Ardèche, soyez aussi assez généreux pour consacrer quelques minutes pour vous solidariser, en tant que gens du voyage et du spectacle, avec Ariane MNOUCHKINE… en signant la DÉCLARATION D’AVIGNON (Toutes les contributions financières, bien entendu, seront bienvenues.)

Bien  amicalement à vous,
Marcel Ophuls

Les États Généraux ont rédigé une proposition d’appel de solidarité avec la Déclaration d’Avignon, qui est disponible à l’Accueil du public.

Ça paraît si simple

Je devais, en cette soirée du  21 août 1995, visionner quelques films afin d’écrire un article pour compléter les trois mille caractères manquants à la maquette du premier numéro de Hors Champ. Après un délicieux dîner chez nos Amis gourmet suivi d’un café avalé en quatrième vitesse au comptoir, je me dirigeais vers le court de tennis aménagé à cette occasion en salle de projection. L’inauguration des 7e États Généraux pouvait enfin commencer. M. le Maire et Jean-Marie Barbe nous présentaient un aperçu des festivités à venir, et contrairement aux discours protocolaires habituels, l’intervention d’hier soir avait un ton à la fois chaleureux, simple et convivial. Les craquements de la pellicule marquaient le début d’une semaine riche en projections. Au menu Le pain et la rue d’Abbas Kiarostami. Très vite l’atmosphère des grands moments s’installait, et les dix premières minutes de la manifestation se transformaient rapidement en un formidable festin de cinéma. Ici pas d’artifices. Juste le silence de la rue, un enfant, un chien, une caméra pour quelques mètres de pellicule que nous, spectateurs ébahis, ne sommes pas près d’oublier.

Arnaud Soulier

Le Septième étage

Avant que les États Généraux du documentaire ne se déplacent d’une semaine vers la fin du mois d’août, l’actualité qui filtrait jusqu’au fond des salles de Lussas prenait souvent la forme d’une série de chiffres caractérisant un record mondial d’athlétisme, championnat du monde oblige.

1990, l’invasion du Koweït par l’Irak déferle sur les États Généraux, paradoxalement sans aucune image.

1994, Sarajevo entre au programme.

1995, au cœur des commémorations du drame de Nagasaki et d’Hiroshima, on revient en Bosnie avec Ophuls et Veillées d’armes.

Dans la même année, le réalisateur bosniaque Ademir Kenovic déclare à Locarno au cours d’un débat sur Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard, « […] Ici nous sommes au vingt et unième étage d’un gratte-ciel dont le premier étage est en feu. Quand l’incendie gagnera le septième étage, les cinéastes ne pourront plus rien faire. »… 1

Pour commencer la semaine, Savoir et Plaisir nous ramène avec force à la question de l’imprégnation par les images, de la trace et de la connaissance. Mais la connaissance mène-t-elle à la conscience, à la prise de conscience par le public et le futur téléspectateur ? Et enfin, vers quel « étage » les cinéastes pourraient-ils nous accompagner ?

Plus modestement, au fil de la semaine, chaque jour, ce journal vous accompagnera dans votre cheminement pour vous donner à penser autrement, ou à l’identique, un film, une question, un parcours engagé ou à venir.

Comme un miroir qui reflète et projette une image en un même temps, mais en des espaces différents le sujet critique qui s’offre ici à vous se situe dans l’au-delà du cadre, à la lisière, mais dans le prolongement de ce qui serait le corps sensible des États Généraux. Au travers de la critique de films, des débats, des interviews, des informations, il s’agit de suivre ou de devancer les lignes forces qui se dessinent aussi au quotidien dans la rencontre du public avec les films et les intervenants.

Nonobstant, le tout premier film de la toute première soirée nous aura placé dans le registre du plaisir. D’avance merci M. Kiarostami.

Christophe Postic

  1. Le Monde du 17 août 1995