Spectatrices et spectateurs sont partout ailleurs

Elitza

Une chambre à Paris

bruits de pas sur le parquet
froissement des draps
rumeur de circulation

La première fois que je suis allée à Lussas,
c’était pour les vingt ans. (La parole est
enjouée, rapide.) Ça a été comme un
choc. Je me suis dit : pourquoi je n’y suis
pas allée avant ?

vrombissement de moteur

J’étais bénévole au bar, donc trop crevée
pour voir des films. Je m’arrangeais pour
prendre un maximum de créneaux en
début de semaine, voir passer quelques
Hors champ, noter les films dont on
parlait, et les rattraper à des rediffusions
ou à la vidéothèque. C’était ma stratégie
pour profiter un peu.

Alix

Une cage d’escalier d’un immeuble

pas descendant un escalier
porte qui s’ouvre
sons de travaux, foreuse

(Voix légèrement rauque.) Je suis allée à
Lussas quatre fois, dont deux où j’ai fait
l’entièreté de la semaine, et deux autres
en coup de vent. Moi, j’aimais bien y
passer toute la semaine pour me faire
des marathons de films. Je vais à chaque
séance, j’ai l’impression de me remplir,
de faire le plein de cinéma. Sur certaines
programmations, tu passes par plein
de points de vue différents autour d’un
même pays, d’un même réalisateur…
C’est le genre de choses que je ne fais pas
chez moi.

respiration
pas dans la rue
moteur de voiture

J’avais besoin de prendre l’air et j’ai
décidé d’aller à ce festival dont j’avais
entendu parler. Comme je partais seule
en vacances pour la première fois, c’était
en même temps un truc personnel
important et une découverte très
chouette… Du coup j’ai gardé ça après,
j’aimais bien y aller toute seule.

Nicola

Une clairière

cigales
herbes sèches foulées
par des chaussures

La dernière fois que je suis allé à Lussas,
il y avait un séminaire sur la critique de
cinéma animé par Mondzain et Comolli.
Le discours de Mondzain m’a beaucoup
inspiré. Elle parlait de l’importance de
la salle cinématographique, l’importance
d’avoir du noir autour de l’écran pour
être vraiment dans le film ; alors que
dans la société contemporaine, on est
pris par mille visions, mille écrans, mille
sons, qui enlèvent de la force au cinéma.
Je trouvais ça très juste.

cloches d’un troupeau
aboiements de chiens

Sinon, je me rappelle de la femme qui
faisait le self-service de fruits et légumes.
Tu passais, tu prenais tes prunes, tes
abricots, et tu mettais les sous dans la
boîte. Je pense que c’étaient les fruits et
légumes de son jardin, ils étaient bons et
cette manière de les vendre faisait appel
au respect et à la confiance des gens.
C’est un bon souvenir que j’ai.

les cloches s’éloignent

Alix Tulipe, Chloé Truchon et Antoine Raimbault