Premier et seul film de Manuela Serra qui quitta le cinéma et son système misogyne. C’est le mouvement des choses.
Plan fixe, grisaille de l’aube. Une fille s’attache les cheveux, elle se prépare pour la ville. Combien de temps avait passé ? Manuela filme, de 1978 à 1985, le pain cuit à la fumée de pommes de pin, le champ labouré, essaimé et semé pour nous laisser happer par la vigne, toute simple. La cafetière chauffe. Manuela regarde avec sa caméra, elle parcourt tout, elle cueille le sourire malicieux à la fin d’un travelling et le regard curieux sur la fille de la ville. Mettre la table pour la famille. C’est le mouvement des choses, tout l’ordinaire qui passe par là. Le mouvement c’est le regard.
Dans le village de Lanheses, Alto Minho. Manuela arrive à extraire une communauté de femmes au travail, au soin, au chant. Extraites par le regard, on en oublierait presque les hommes. Le repas, la sortie de l’église, la récolte des châtaignes et le râteau aux longues piques. On castre le maïs, toutes dans la grange pleine. Tout proche, la menace de la modernité. Dans la grange, on se tient la main. Tenez-vous bien, quelque chose va dérailler. Et elle ? La jeune femme de la ville (elle connaît le futur) se prépare à partir.