Crawl (Alexandre Aja – 2019)

Genre : Épouvante-horreur

Casting : Kaya Scodelario, Barry Pepper, Ross Anderson

Durée : 1H28 mn

Budget : 17M $

5 out of 10 stars (5 / 10)

Alexandre Aja, un nom du cinéma d’horreur français

Les réalisateurs français réussissant à se faire un nom à Hollywood sont rares. Ils le sont encore davantage dans le cinéma d’horreur, genre dans lequel nous n’excellons pas toujours. Alexandre Aja fait partie de ces réalisateurs.

Après un premier film français qui l’a fait remarquer (Haute Tension), Aja s’exporte rapidement et réalise La colline a des yeux, remake réussi du classique de Wes Craven de 1977, et l’expérience a prouvé que tenter de donner une nouvelle jeunesse à ces films cultes aboutit plus souvent à des navets qu’à des pépites. S’ensuivent Mirrors, nouveau remake d’un film coréen cette fois-ci, puis Horns, film barré dans lequel Daniel Radcliffe incarne un jeune homme subitement doté de cornes qui enquête sur le meurtre de sa petite amie.

Un ensemble de films que j’avais globalement appréciés, malgré leur qualité inégale. C’est donc sur la base de ce capital confiance que j’ai décidé d’aller voir Crawl. Je m’étais attaché à en apprendre le moins possible sur le scénario, tout ce que je savais c’était Aja + grosse et méchante bestiole, sans même connaître la nature de cette dernière, qui s’avérera au final être un (ou plutôt, des) alligators.

Crawl Aja
Les premiers visuels publicitaires du film annonçaient la couleur

Une tension souvent absente

Crawl n’a pas remporté mon adhésion, pour plusieurs raisons. La première, ce sont justement les alligators. Je dois dire que j’ai trouvé qu’ils manquaient fortement de ce que j’appellerais « charisme effrayant », désignation bâtarde mais relativement explicite. Ils ne font pas peur, et le contexte non plus. Ce qui fonctionne souvent bien dans les films d’épouvante basés sur un prédateur animal , c’est de sentir que l’homme n’est pas sur son territoire, qu’il est en position d’infériorité et que la mort peut frapper à tout moment. J’ai très/trop peu eu ce sentiment-là, et la première partie du film où les deux protagonistes restent pendant un bon moment sous un escalier en ferraille parce qu’ils y sont protégés et que les alligators sont impuissants à les y atteindre en est une bonne expression. Ce qui fonctionne bien avec des requins dont on ne perçoit que les ailerons et qui tournent autour d’un bateau rempli de naufragés en train de couler ne marche pas ici. La terreur primale que doit inspirer ce genre de créatures n’est pas, ou du moins pas assez présente à mon goût.

Crawl Aja
Alligators + crues = mauvais combo

Des personnages clichés et un peu survolés

La deuxième raison, c’est le plot armor dont dispose l’héroïne, qui se fait successivement mordre au bras, à la jambe et au torse au cours du film et s’en sort avec des blessures relativement mineures et qui sont toutes aisément soignées en 30 secondes avec un garrot et un peu de magie et d’irréalisme hollywoodien. Ça fait un peu tâche, surtout quand des personnages mineurs se font eux dévorer en vingt secondes.

La dernière raison c’est le nombre de protagonistes principaux (deux, le père et sa fille plus un chien) et leur traitement. Avec un casting si réduit, on ne peut pas vraiment se permettre de sacrifier un personnage important pour illustrer la dangerosité des créatures et augmenter l’impact émotionnel. Le film étant voulu comme un huis-clos, il allait de soi qu’on ne pouvait pas se retrouver avec énormément de rôles, mais même les personnages secondaires que je mentionne quelques lignes plus haut et qui sont là uniquement pour servir de snack aux alligators peinent à les rendre effrayants. Dans la seconde partie du film ces derniers sont d’ailleurs en partie remplacés par l’eau et les risques de noyade en tant que menace principale. La relation entre son père et sa fille est très convenue. En froid au début du film, ils finissent bien évidemment par se réconcilier (le risque de mourir, ça rapproche), et les encouragements du père à sa fille sous forme de « le super prédateur, c’est toi » (c’est ainsi qu’il la désignait lors de ses compétitions de natation lorsqu’elle était plus jeune, puisqu’elle est bien sûr une excellente nageuse) font très kitch et m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

Crawl Aja
Les malchanceux du jour

Parce que je n’ai pas peur des jeux de mots pourris…

Un film qui m’a laissé sur ma faim. Qu’est-ce qui lui manque ? Des créatures plus effrayantes et charismatiques, des situations plus anxiogènes, des personnages mieux écrits et avec une relation davantage travaillée et moins cliché. Une touche propre. Ici tout est voulu comme réaliste et on a donc pas les délires gores et le côté pastiche qu’on a pu avoir par exemple dans Piranhas 3D, autre film d’Aja que j’ai oublié de citer en introduction. Ça fait beaucoup de choses, et Crawl peine vraiment à se différencier de l’énorme masse de DTV « prédateurs animaliers » qu’on a pu, et qu’on continue à voir régulièrement.

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